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Les tarifs de Trump pourraient ramener la baisse des taux dans les calculs de la Banque du Canada malgré les prévisions de maintien stable
La Banque de Montréal exclut une hausse des taux d'intérêt au cours de l'année en cours et avertit que l'escalade de la guerre commerciale pourrait affaiblir la croissance et pousser la banqu
Publié: juillet 22, 2026
Les nouveaux droits de douane américains sur les exportations canadiennes ont renforcé les attentes selon lesquelles la Banque du Canada resterait à l'écart d'une hausse des taux d'intérêt pour le reste de l'année, alors que des avertissements indiquent qu'une escalade commerciale supplémentaire pourrait remettre l'option d'une baisse des taux sur la table des décideurs monétaires.
La Banque de Montréal estime que la Banque du Canada est désormais dans une position de « stabilisation ferme », après que l'administration du président américain Donald Trump a annoncé l'imposition de droits de 50 % sur une sélection de produits canadiens à partir du 19 août 2026.
Le chef économiste Robert Kavcic a déclaré que toute décision de hausse des taux après les récents développements nécessite une étude très prudente, compte tenu des risques que les droits pourraient imposer aux exportations, à l'investissement et à l'activité économique.
Il a ajouté que la détérioration des relations commerciales pourrait ouvrir la porte à un retour à la baisse des taux d'intérêt, si les répercussions commencent à affaiblir la croissance et le marché du travail à un rythme dépassant les risques inflationnistes résultant des droits.
La stabilisation des taux reste le scénario de base
La Banque de Montréal ne prévoit pas actuellement que la Banque du Canada se dirige directement vers une baisse des taux, le scénario de base restant de maintenir le taux d'intérêt inchangé jusqu'à la fin de l'année.
La banque centrale avait maintenu le taux directeur à 2,25 % lors de sa dernière réunion, pour la sixième fois consécutive, après que les données ont montré un ralentissement relatif de l'inflation, parallèlement à la persistance de l'incertitude entourant l'économie et le commerce avec les États-Unis.
Cette position de stabilisation reflète une tentative de trouver un équilibre entre deux tendances opposées : d'une part, les droits et les perturbations commerciales pourraient ralentir la croissance et augmenter le chômage, ce qui soutient une baisse des taux ; d'autre part, les droits pourraient augmenter les coûts des biens et des intrants de production, ajoutant des pressions inflationnistes et rendant l'assouplissement monétaire plus complexe.
Cependant, la récente escalade américaine a clairement réduit les chances d'une hausse des taux, même si certains indicateurs d'inflation restent au-dessus du niveau cible.
Des exportations d'une valeur de 28 milliards de dollars menacées
Les mesures américaines concernent des produits canadiens dont la valeur annuelle des exportations vers les États-Unis est estimée à environ 28 milliards de dollars canadiens, soit près de 20 milliards de dollars américains.
La liste comprend les boissons alcoolisées, le ciment, les produits laitiers, le bois, le papier, les produits chimiques, le plastique, l'électronique ainsi que certaines machines et équipements industriels.
En revanche, l'énergie, le potasse, les minéraux essentiels et les poissons ont été exclus, ainsi que les produits déjà soumis à des droits sectoriels distincts.
Les biens ciblés représentent environ 5 % du total des exportations canadiennes de biens vers le marché américain, et près de 0,8 % du produit intérieur brut canadien.
Bien que ce pourcentage ne représente pas à lui seul un choc majeur pour l'ensemble de l'économie, l'impact des droits pourrait dépasser la valeur directe des exportations en raison des liens des secteurs affectés avec les fournisseurs, les travailleurs, les investissements et les chaînes de transport et de distribution.
Les droits concernent des biens couverts par l'accord commercial
La gravité de la décision américaine réside dans le fait que les nouveaux droits peuvent s'appliquer même aux produits conformes aux règles de l'accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.
Les biens conformes à l'accord bénéficiaient jusqu'à présent d'une exemption de la plupart des droits généraux, sauf s'ils étaient soumis à des mesures sectorielles indépendantes.
Le dépassement de cette exemption signifie que les entreprises ne peuvent plus compter de la même manière sur l'accord pour protéger leur accès au marché américain, ce qui accroît l'incertitude quant à l'avenir du commerce en Amérique du Nord.
Cela pourrait pousser certaines entreprises à retarder leurs investissements, réduire leur production ou reconsidérer l'emplacement de leurs opérations et leurs chaînes d'approvisionnement, avant même que l'impact complet des droits ne se reflète dans les données sur les exportations et la croissance.
Un coup potentiel à la croissance canadienne
Les premières estimations économiques indiquent que la poursuite des droits pourrait réduire la croissance de l'économie canadienne de 0,3 à 0,6 point de pourcentage au cours de l'année prochaine.
L'impact pourrait être plus proche du bas de cette fourchette si les entreprises réussissent à rediriger une partie de leurs exportations vers d'autres marchés, si les importateurs américains supportent une partie du coût, ou si les deux gouvernements parviennent à un accord réduisant les droits.
Si les mesures persistent longtemps et s'étendent, les pertes pourraient s'aggraver par une baisse de la production, de l'emploi et de l'investissement, ainsi que par une diminution de la confiance des entreprises et des consommateurs.
Les secteurs dont les acheteurs américains peuvent rapidement trouver des alternatives à leurs produits seront probablement les plus exposés, car la hausse des prix due aux droits pourrait entraîner une baisse directe de la demande pour les exportations canadiennes.
Des expériences antérieures dans les secteurs du fer et de l'acier ont montré que les exportations peuvent chuter fortement lorsque les droits poussent les acheteurs américains à réduire leurs commandes ou à chercher des fournisseurs alternatifs.
Une ruée pour exporter les marchandises avant la date
Les entreprises canadiennes pourraient chercher à accélérer leurs expéditions avant l'entrée en vigueur des droits le 19 août, afin d'envoyer le plus de marchandises possible aux États-Unis avant que leurs coûts n'augmentent.
Cette ruée pourrait entraîner une augmentation temporaire des chiffres des exportations dans les semaines précédant l'application des droits, suivie d'une forte baisse après leur mise en œuvre.
Par conséquent, les données commerciales d'août et septembre pourraient être plus volatiles que d'habitude et ne pas refléter pleinement l'impact économique durable dans les premiers mois.
On s'attend à ce que les répercussions plus larges deviennent plus claires dans les derniers mois de l'année, lorsque les entreprises s'adapteront à la baisse de la demande et réévalueront leurs plans de production, d'emploi et d'investissement.
La baisse des taux n'est pas une décision automatique
Bien que la faiblesse de la croissance soutienne généralement une baisse des taux d'intérêt, les droits de douane placent la Banque du Canada devant une équation plus complexe.
Si les droits entraînent une hausse des prix des biens importés ou poussent les entreprises à répercuter les coûts de production plus élevés sur les consommateurs, la banque pourrait faire face à des pressions inflationnistes au moment même où l'économie ralentit.
Dans ce cas, la banque centrale devra déterminer si la hausse des prix est temporaire et limitée à certains biens, ou si elle commence à s'étendre et à affecter les anticipations d'inflation et les salaires.
Si l'effet de la faiblesse des exportations, de l'investissement et de l'emploi domine, tout en maintenant l'inflation sous contrôle, les arguments en faveur d'une baisse des taux deviendront plus forts.
Ainsi, les droits ne signifient pas qu'une baisse des taux est imminente, mais ils rendent un retour à l'assouplissement monétaire plus probable qu'avant l'escalade.
Un impact direct sur les emprunteurs et le marché immobilier
Tout changement dans la trajectoire de la Banque du Canada aura un impact direct sur les ménages et les entreprises, en particulier les détenteurs de prêts hypothécaires à taux variable et ceux qui s'apprêtent à renouveler leurs hypothèques.
Le maintien de la stabilisation signifie que les coûts d'emprunt resteront aux niveaux actuels, tandis qu'une baisse ultérieure des taux pourrait alléger les paiements variables et influencer progressivement les taux des nouveaux prêts.
Cependant, la faiblesse de l'économie résultant de la guerre commerciale pourrait limiter en même temps les bénéfices pour le marché immobilier, si elle entraîne une baisse de l'emploi, des revenus et de la confiance des acheteurs.
Les entreprises seront également affectées par les coûts de financement et la demande pour leurs produits ; une baisse des taux pourrait aider à atténuer les pressions financières, mais ne compensera pas entièrement la perte d'accès compétitif au marché américain.
Les marchés attendent les résultats des négociations
Les marchés financiers ont initialement réagi de manière limitée, avec une légère baisse de la valeur du dollar canadien et sans changement radical dans les attentes concernant les taux d'intérêt.
Cette calme reflète la conviction des investisseurs que le délai de trente jours pourrait permettre de parvenir à un accord avant l'entrée en vigueur des droits, ou que les mesures pourraient être utilisées comme levier dans les négociations commerciales.
Mais la persistance de l'incertitude pourrait accroître la volatilité du dollar canadien et des rendements obligataires, surtout si des menaces supplémentaires sont émises ou si les entreprises commencent à annoncer des réductions de production et d'emplois.
Les marchés surveilleront dans les prochaines semaines les évolutions des discussions entre Ottawa et Washington, ainsi que les données sur l'inflation, l'emploi et le produit intérieur brut, pour déterminer si la Banque du Canada maintiendra la stabilisation ou devra agir.
Pour l'instant, le maintien du taux à 2,25 % reste la probabilité la plus élevée, mais l'escalade commerciale a considérablement réduit les chances d'une hausse, et a remis la baisse des taux dans le champ des possibles si les droits passent d'une menace de négociation à un choc durable pour l'économie canadienne.
Le taux d'intérêt actuel, la dernière décision de stabilisation, l'étendue des droits et leur date d'entrée en vigueur, ainsi que les estimations de leur impact sur la croissance canadienne ont été vérifiés.