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Trump impose de nouveaux tarifs sur le Canada et Carney : toutes les options sont envisagées si les négociations échouent
Des droits de 10 % entrent en vigueur sur la plupart des importations canadiennes, parallèlement à une menace distincte d'imposer 50 % sur certains produits à partir du 19 août.
Publié: juillet 24, 2026
Le Premier ministre Mark Carney a confirmé que le Canada étudie toutes les options disponibles pour protéger son économie et ses intérêts commerciaux, après que l'administration du président américain Donald Trump a imposé de nouveaux droits de douane de 10 % sur la plupart des importations canadiennes, alors que le pays fait face à une menace distincte de droits pouvant atteindre 50 % sur un ensemble de ses exportations.
Carney a déclaré, après sa réunion avec les chefs des gouvernements provinciaux et territoriaux à Charlottetown, que le gouvernement fédéral avait intensifié ses négociations avec Washington dans le but de parvenir à un accord commercial global, mais qu'il n'hésiterait pas à prendre des mesures de rétorsion si les pourparlers échouaient.
Il a expliqué que « toutes les options sont sur la table » en cas d'absence d'accord, sans préciser la nature des réponses que le Canada pourrait adopter ni les secteurs américains qui pourraient être ciblés.
Cependant, il a souligné en même temps que prendre des mesures de représailles avant la fin des négociations serait prématuré et pourrait entraver les chances de parvenir à un règlement dans les semaines à venir.
Nouveaux droits sous prétexte de lutte contre le travail forcé
Les États-Unis ont imposé des droits supplémentaires de 10 % sur la plupart des biens canadiens entrant sur le marché américain, dans le cadre de mesures commerciales impliquant 60 partenaires des États-Unis.
L'administration américaine a justifié cette décision par ce qu'elle a décrit comme un défaut d'application effective par plusieurs pays d'une interdiction d'importer des produits fabriqués totalement ou partiellement par le travail forcé.
Washington a reconnu que le Canada dispose d'une loi interdisant l'entrée de ces produits, mais a déclaré que l'application de cette interdiction reste insuffisante, se fondant sur la rareté des saisies ou des blocages de cargaisons à la frontière canadienne.
Les droits sont entrés en vigueur à 00h01, heure de l'Est de l'Amérique du Nord, le 24 juillet 2026, seulement quelques heures après leur annonce finale.
Ces mesures ne concernent pas tous les produits sans exception, Washington ayant exempté les biens déjà soumis à des droits sectoriels en vertu des dispositions de sécurité nationale, ainsi que plusieurs matières premières et produits dont l'imposition de droits pourrait entraîner des perturbations majeures dans l'économie américaine ou des pénuries d'approvisionnement.
Cela signifie que des produits tels que certains métaux, les automobiles et les pièces détachées soumis à des régimes douaniers distincts ne supporteront pas le nouveau droit en plus des droits sectoriels existants.
Escalade distincte de 50 %
Les nouveaux droits de 10 % diffèrent des autres droits annoncés par Trump plus tôt dans la semaine, qui doivent entrer en vigueur le 19 août.
Le second ensemble cible un groupe spécifique d'exportations canadiennes avec des droits pouvant atteindre 50 %, incluant des produits tels que les boissons alcoolisées, le ciment, les produits laitiers, le miel, certains bois, le papier, les produits chimiques, le plastique, l'électronique, les équipements industriels et les équipements de hockey.
La valeur des exportations concernées par ce second ensemble est estimée à environ 28 milliards de dollars canadiens par an, soit près de 5 % du total des exportations de biens canadiens vers les États-Unis.
Washington en a exclu l'énergie, le potasse, les poissons et les métaux critiques, ainsi que les biens déjà soumis à d'autres droits sectoriels.
Les droits d'août suscitent une inquiétude particulière à Ottawa car ils pourraient s'appliquer à des biens bénéficiant auparavant d'un traitement préférentiel en vertu de l'Accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.
Les entreprises canadiennes font donc face actuellement à deux pressions douanières parallèles : un droit général de 10 % lié au dossier du travail forcé, et des droits ciblés de 50 % liés à des différends américains avec les politiques canadiennes dans les secteurs de l'automobile, des produits laitiers et des boissons alcoolisées.
Carney refuse une réponse prématurée
Carney a déclaré que le gouvernement n'a pas besoin d'annoncer sa réponse avant qu'il soit clair si les négociations réussiront à empêcher ou à atténuer les droits prévus en août.
Il a ajouté que la menace américaine de droits élevés avant les dates de négociation est devenue une pratique récurrente, notant que Washington fixe généralement une date limite assortie d'une menace douanière importante pour faire pression sur l'autre partie.
Le gouvernement canadien estime que l'annonce immédiate de mesures de représailles pourrait réduire la marge de négociation et fournir à l'administration américaine un prétexte pour une escalade supplémentaire.
Cependant, Carney a affirmé que le Canada serait prêt à agir si les droits entraient en vigueur, et que le gouvernement ferait ce qui est nécessaire pour soutenir les travailleurs, les agriculteurs, les entreprises et les familles affectés.
Il a également indiqué qu'Ottawa cherche un accord global qui traite la relation commerciale entre les deux pays, plutôt qu'une série d'ententes séparées concernant chaque secteur individuellement.
Divergence entre les provinces sur les leviers de pression
Malgré l'affirmation des dirigeants canadiens de l'importance de maintenir une position unifiée, des différences claires sont apparues entre les provinces quant aux outils pouvant être utilisés contre Washington.
Le Premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, a appelé à une réponse similaire aux droits américains, demandant que le Canada réponde « dollar pour dollar » aux nouvelles mesures.
Il n'a pas exclu non plus de réutiliser les exportations d'électricité vers les États-Unis comme levier de pression, affirmant que l'Ontario a beaucoup à perdre en raison de la dépendance de ses industries, notamment le secteur automobile, au commerce transfrontalier.
En revanche, l'Alberta et la Saskatchewan ont rejeté l'idée de restreindre les exportations de pétrole brut ou de potasse, avertissant que l'utilisation des ressources canadiennes comme arme commerciale pourrait nuire aux producteurs et aux travailleurs au Canada avant d'affecter les États-Unis.
Le Premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, a montré une plus grande disposition à envisager l'utilisation des métaux critiques comme outil de négociation si le gouvernement fédéral demandait un soutien à la province.
La Colombie-Britannique exporte des métaux tels que le cuivre, le zinc et l'aluminium, qui sont des matériaux importants pour les industries américaines et les chaînes d'approvisionnement en technologie, énergie et infrastructures.
Le Canada maintient l'existence d'une interdiction du travail forcé
Le gouvernement canadien a déclaré que la mesure américaine n'était pas totalement une surprise, compte tenu des enquêtes menées par Washington au cours des derniers mois sur les politiques de dizaines de pays concernant le travail forcé.
Ottawa a affirmé qu'il partage avec les États-Unis l'objectif d'empêcher l'entrée dans les chaînes d'approvisionnement de produits fabriqués par l'exploitation des travailleurs.
Le Canada avait interdit l'importation de biens produits par le travail forcé, conformément aux dispositions de l'accord commercial nord-américain, mais la partie américaine considère que le nombre de cargaisons bloquées par les autorités canadiennes reste limité par rapport au volume du commerce.
Les prochaines discussions devraient se concentrer sur la manière de renforcer l'application canadienne et l'échange d'informations douanières, ainsi que sur la disposition de Washington à suspendre ou réduire les droits en échange d'engagements supplémentaires.
L'accord commercial entre dans une phase plus fragile
L'escalade intervient à un moment où l'accord commercial entre les trois pays traverse une phase d'incertitude, après que Washington a refusé de le prolonger automatiquement pour 16 années supplémentaires.
Cela ne signifie pas la fin immédiate de l'accord, mais il restera soumis à des révisions annuelles qui pourraient se poursuivre jusqu'en 2036, augmentant l'incertitude pour les investisseurs et les entreprises.
Les États-Unis mènent également leurs négociations avec le Canada et le Mexique sur deux voies distinctes, avec des signes de progrès plus rapides avec le Mexique.
Cela suscite des craintes que le Canada soit amené à faire des concessions similaires à celles acceptées par le Mexique, même lorsque les intérêts économiques et les questions commerciales diffèrent entre les deux pays.
Les entreprises craignent que les révisions répétées et les droits soudains ne compromettent la stabilité des chaînes d'approvisionnement construites sur la libre circulation des biens entre les trois marchés.
Pressions sur l'investissement et le dollar canadien
Les effets des droits pourraient s'étendre au-delà des exportations directement touchées, car l'incertitude pousse les entreprises à retarder les investissements, l'expansion et l'embauche.
L'Ontario, le Québec et la Colombie-Britannique sont parmi les provinces les plus exposées en raison de la taille de leurs secteurs industriels et exportateurs et de leur lien avec le marché américain.
Les entreprises canadiennes pourraient être confrontées au choix de réduire leurs prix pour absorber une partie des droits, de répercuter le coût sur l'importateur américain, ou de réduire leurs exportations et de chercher des marchés alternatifs.
Les développements pourraient également accroître la pression sur le dollar canadien et les prévisions de croissance, et remettre sur la table la possibilité de réduire les taux d'intérêt si la guerre commerciale affaiblit l'activité économique et le marché du travail.
La diversification commerciale fait partie de la réponse canadienne
Carney a insisté sur le fait que le Canada continuerait à renforcer son économie intérieure et à élargir ses relations commerciales en dehors des États-Unis, indépendamment des résultats des négociations en cours.
Le gouvernement cherche à accélérer les grands projets, à éliminer les barrières commerciales entre les provinces et à augmenter les exportations vers l'Europe, l'Asie et d'autres pays, afin de réduire la dépendance excessive au marché américain.
Cependant, le redéploiement des flux commerciaux nécessite du temps et des investissements dans les ports, les chemins de fer, l'énergie et les infrastructures, alors que des milliers d'entreprises canadiennes dépendent actuellement du marché américain comme destination la plus proche et la plus importante pour leurs exportations.
C'est pourquoi parvenir à un règlement avec Washington reste une priorité immédiate, parallèlement à la construction d'alternatives à long terme.
Avec l'entrée en vigueur des droits de 10 % et l'approche du 19 août, le gouvernement canadien fait face à une période de négociation cruciale : soit parvenir à un accord empêchant une escalade plus large, soit passer à des mesures de rétorsion qui pourraient ouvrir une phase plus intense dans la guerre commerciale entre les deux pays.