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Nouvelles
Âmes endormies au cœur de la mémoire
Un voyage au plus profond de l'enfance pour retrouver soi-même et guérir les anciennes blessures
Publié: octobre 5, 2025
Dans le creux de la mémoire dort notre enfance comme dort une lune nouvelle derrière des nuages lourds, notre enfant endormi au cœur de la mémoire que personne ne voit sauf nous. Là, où le silence est la seule langue, résident nos âmes telles des oiseaux enfermés dans une cage depuis des années, battant des ailes fragiles pour tenter de briser leurs barreaux, frappant aux fenêtres de nos âmes de temps en temps.
Au cœur de la mémoire résident des êtres encore en phase d’enfance, qui n’ont pas grandi malgré le passage des années. Un être de l’époque de l’enfance nous regarde avec des yeux mouillés d’incertitude. Un être que personne n’entend sauf nous, parfois riant, parfois pleurant en silence. Ces êtres sont nous à nos débuts, quand nous étions trop faibles pour nous protéger, et trop impuissants pour montrer notre force et cacher notre peur. C’est nous au moment où les adultes ont échoué à nous offrir un peu de sécurité.
Nous avons grandi, mais cet être n’a pas grandi avec nous, il est resté endormi au cœur de notre mémoire, cherchant la sécurité et attendant la sérénité. Cet être n’était pas qu’un souvenir, mais un être vivant qui habite en nous.
Dans les couloirs faibles de la mémoire, où se cachent nos premiers secrets, notre enfant intérieur nous envoie un signal de détresse, non pas par une voix, mais par un frisson du cœur, un regard perplexe, et une blessure qui saigne à chaque souvenir. Comme s’il nous tenait la main et nous conduisait dans le voyage le plus profond, le voyage à la recherche de l’enfant que nous avons perdu dans la foule de notre croissance.
Nous avançons avec les années en portant au plus profond de nous un enfant blessé par la vie. Un enfant qui marche pieds nus sur un chemin accidenté d’interrogations insolubles, et de réponses les plus cruelles. Un enfant effrayé portant dans ses yeux le souvenir de l’injustice, et dans son cœur les restes de la douleur.
Notre enfant endormi volait avec son imagination, créant des mondes sans limites. Mais en grandissant, nous avons oublié le rêve, et les réalités nous ont alourdis. Pourtant, il est resté endormi en nous, il ne s’est pas éteint à la fin de l’enfance ; il s’est enraciné, formant notre identité. Il fallait donc l’accepter, reconnaître sa douleur, lui demander pardon pour chaque fois où nous l’avons forcé au silence, et lui promettre de lui offrir la protection qu’il n’a jamais trouvée.
Cette amitié n’a pas pour but d’effacer le passé, mais de transformer son obscurité en lumières éclatantes. Les blessures qui étaient la source de sa douleur deviennent notre espoir. Sa vieille peur se transforme en une compréhension profonde du sens de la liberté, de l’autonomie, de la paix et de la sécurité. Reconnaître l’existence de cet enfant n’est pas une faiblesse, mais une force. Nous ne fuyons pas vers le passé, mais nous reconstruisons notre être.
Nous offrons à l’enfant qui habite en nous l’amour qu’il a manqué, nous lui dessinons une maison sûre à l’intérieur de nos âmes, nous nous inclinons doucement, le contenons, et murmurons à l’oreille de ses inquiétudes : « Nous sommes ici pour te protéger, et tu es ici en sécurité, tu n’es plus seul ».
Adopter nos petits êtres signifie leur rendre leur droit de rêver, leur ouvrir une fenêtre de lumière, leur dire que la sécurité n’est pas un luxe, mais une nécessité pour survivre. Et quand nous guérissons l’enfant au plus profond de nous, nous ne guérissons pas seulement nous-mêmes, mais nous brisons le cercle de la violence héritée.
Nous adoptons nos êtres pour offrir à nos enfants un autre modèle de la signification de la liberté et de la sécurité, leur apprendre à être libres dans leurs sentiments, en sécurité dans leurs maisons, protégés de la cruauté injustifiée et inexcusée.
Cet enfant qui habite en nous ne demande pas l’impossible ; tout ce qu’il veut, c’est que nous le voyions, que nous reconnaissions son existence, que nous l’embrassions et marchions avec lui doucement. Nous ne pouvons peut-être pas changer le passé, mais nous pouvons changer notre présent et écrire une fin différente à notre histoire.
Quand nous adoptons nos petits êtres, nous en faisons un partenaire dans la vie, qui nous aide à élever nos enfants. Quand nous dialoguons avec lui doucement, comprenons ses besoins, lisons entre les lignes de ses pages, nous avons guéri nos blessures, brisé la tyrannie de la violence, tendu des ponts entre ce qui était et ce qui sera, transformé la douleur en douceur, et la cruauté en compassion.
C’est une renaissance pour nous-mêmes, et une nouvelle enfance que nous vivons avec nos enfants. Tendons la main à travers les barrières du temps, retournons à notre enfance, tenons sa petite main, et sortons-la de l’obscurité d’hier à la lumière d’aujourd’hui. Alors nous découvrirons que nous ne cherchions pas une enfance perdue, mais nos êtres qui se sont confondus dans notre croissance, ceux qui méritent l’amour, les soins, la protection et l’attention. Adopter nos petits êtres est le vrai sens de devenir le gardien, le refuge et la sécurité pour nous-mêmes et pour nos enfants.
Journaliste | Écrivaine | Poétesse | Romancière | Créatrice de contenu littéraire) Dr. Belqis Al-Kibsi