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La Palestine au Festival de Toronto : La douleur du présent et la mémoire du passé sur grand écran

Quand les Canadiens pleurent pour Gaza

La Palestine au Festival de Toronto : La douleur du présent et la mémoire du passé sur grand écran

Publié: septembre 20, 2025


Mabrouka Alghanmi, Toronto :

Dans l'édition du jubilé d'or du Festival international du film de Toronto, le cinéma arabe s'est montré sous son meilleur jour, affirmant une présence exceptionnelle sur la carte mondiale. Parmi des centaines de projections venues des cinq continents, la voix de la Palestine s'est élevée avec force à travers deux films qui ont marqué l'événement : « The Voice of Hind Rajab » de la réalisatrice tunisienne Kawthar Ben Hania, et **« Palestine 36 »** de la réalisatrice palestinienne Annemarie Jacir.

En tant que journaliste tunisienne résidant au Canada, j'ai eu l'opportunité de suivre ce moment cinématographique clé depuis le cœur de Toronto, où les projections n'étaient pas seulement des événements artistiques mais des rencontres émotionnelles et des dialogues profonds sur l'histoire, la mémoire et la souffrance humaine.


"The Voice of Hind Rajab" : Gaza qui a fait pleurer Toronto et ébranlé Hollywood

Kawthar Ben Hania, revenue du Festival de Venise avec le Lion d'argent, a présenté l'un des films les plus marquants du festival à Toronto. Son film "The Voice of Hind Rajab" n'est pas seulement une œuvre cinématographique, mais un témoignage poignant sur Gaza, racontant la douleur quotidienne sous le siège, et tenant un miroir de conscience au monde.

La projection spéciale à Toronto fut exceptionnelle : la salle était comble, avec une forte présence palestinienne venue suivre de près le film. La rencontre entre le public et l'héroïne du film, Saja Al-Kilani, s'est transformée en un moment humain profond ; des dizaines de personnes se sont approchées d'elle, certaines l'ont embrassée en pleurant, dans une scène qui résumait comment le cinéma rencontre la mémoire et l'émotion.

La plupart des spectateurs ont quitté la salle les yeux embués de larmes, dans l'un des moments les plus forts vécus par le festival. Nous avons tenté de recueillir les avis de certains participants qui ont exprimé leur admiration pour le cinéma présenté par la réalisatrice et ont dit que c'était un vrai cinéma qui touche l'âme et fait la différence. Ainsi, The Voice of Hind Rajab poursuit son parcours mondial après avoir ébranlé Hollywood lui-même, avec les stars Joaquin Phoenix et Brad Pitt rejoignant la liste des producteurs exécutifs, une étape qui a montré le soutien mondial à la cause humanitaire portée par le film.


« Palestine 36 »... reprendre la mémoire avant la blessure

De l'autre côté, le film Palestine 36 de la réalisatrice Annemarie Jacir a offert une vision différente. Jacir a choisi de revenir aux années 1930, c’est-à-dire à la Palestine avant l’occupation, pour reconstruire l’image d’une société vibrante, riche de sa culture et de sa communauté veloutée.
L’œuvre s’est appuyée sur des archives rares et des images époustouflantes, dépeignant les détails de la vie quotidienne, des marchés populaires aux rassemblements sociaux, de l’architecture traditionnelle à la mode élégante.

Les publics canadien et arabe ont accueilli chaleureusement le film. Beaucoup ont dit qu’il leur ouvrait les yeux sur une page de l’histoire palestinienne rarement montrée à l’écran, comme si elle redonnait reconnaissance à un temps volé à la mémoire collective.

Dialogue avec les stars du film

Pendant le festival, j’ai rencontré les stars du film Dhafer L'Abidine et Yasmine Al Masri, et la conversation avec eux a été une fenêtre pour comprendre la profondeur incarnée dans cette œuvre.
Dhafer L'Abidine a déclaré : « Pour comprendre la réalité palestinienne aujourd’hui, il faut revenir à l’histoire. Ce film ne présente pas une histoire lointaine, mais pose les bases pour comprendre tout ce qui a suivi. Sans cette mémoire, nous devenons prisonniers du moment présent seulement. »

Quant à Yasmine Al Masri, elle a exprimé sa conviction que « le film est un document historique présentant une vérité inconnue de beaucoup sur la société palestinienne veloutée avant l’occupation. Pour moi, il était important de participer à une œuvre qui met en lumière l’esthétique d’un lieu enfoui dans la mémoire. »

Les paroles des deux stars reflétaient clairement la philosophie de l’œuvre : il ne s’agit pas seulement d’une récupération du passé, mais d’une résistance à l’effacement de l’identité à travers l’image cinématographique.


De Toronto aux Oscars

Les deux films ont dépassé les frontières du Festival de Toronto ; ils ont été choisis pour représenter leurs pays dans la prochaine course aux Oscars : "The Voice of Hind Rajab" pour la Tunisie, et **"Palestine 36" pour Palestine**. Une étape porteuse d’un fort symbolisme : le cinéma arabe s’est imposé sur les plus hautes plateformes, et la Palestine – avec son histoire et son présent – est devenue une partie intégrante du récit cinématographique mondial.


Le cinéma comme mémoire et résistance

Dans les salles de Toronto, la Palestine n’était pas seulement une actualité politique ou un sujet médiatique éphémère, mais un visage humain apparaissant à l’écran pour engager la conscience collective. Entre les larmes du public lors de la projection de "The Voice of Hind Rajab" et la récupération de l’histoire dans "Palestine 36", il semblait que le cinéma n’était plus seulement un art, mais un champ de résistance, un outil pour reprendre le récit, et une mémoire qui préserve ce que l’histoire tente d’effacer.

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